Osez Ponette : un exercice profitable !
par Hélène Breda, étudiante en Master didactique de l’image, stagiaire aux Enfants de cinéma,
(extrait de l’évaluation nationale, année scolaire 2007/2008)

Ponette de Jacques Doillon a rejoint le catalogue d’École et cinéma en janvier 2007. Par les thèmes abordés dans cette œuvre, notamment celui de la mort d’une mère, ce choix a pu apparaître comme un pari risqué ; de fait, lors de sa première année complète au sein du dispositif, quatre départements seulement ont décidé de montrer ce film.
Nous avons cherché à en savoir plus sur les conditions de cette programmation. Pour ce faire, nous avons mis le cap sur la Bourgogne, à la rencontre de Patricia Lamouche, conseillère pédagogique en Arts visuels au sein de la coordination Éducation nationale de l’Yonne, et d’Isabelle Fabre, coordinatrice Éducation nationale en Côte-d’Or. (cette enquête a été réalisée en 2008, ces deux personnes ne sont plus coordinatrices École et cinéma en 2013, ndlr).
L’une et l’autre se sont révélées des admiratrices inconditionnelles du film de Doillon, pour lesquelles la programmation de Ponette s’est imposée « comme une évidence ». La seule crainte éprouvée par Patricia Lamouche a été que les enseignants ne parviennent pas à faire le travail d’accompagnement que nécessite une telle oeuvre. Ponette exige en effet une réflexion en amont, et un suivi après la projection : un parcours susceptible de décourager plus d’un enseignant…
Il n’a donc pas semblé problématique à ces deux coordinatrices de parler de la mort à des enfants, y compris de cycle 2, pourvu qu’ils y soient correctement préparés.
C’est la raison pour laquelle le film a bénéficié d’un statut particulier, à la fois en Côte-d’Or et dans l’Yonne : celui d’œuvre « bonus », que seuls des enseignants « volontaires » ont présentée à leurs classes. Au cours de pré-projections, souvent en présence de Nathalie Hubert (chef-monteuse et collaboratrice de Jacques Doillon) et, pour certains, de stages de formation, ils ont pu exprimer leur ressenti à la fois de spectateurs et d’enseignants face à ce film réputé « difficile ».
A ceux qui objectaient que l’on ne pouvait aborder un sujet tel que la mort d’un parent dans une classe, Patricia Lamouche a présenté les bonus du DVD du film sorti dans la collection de « L’Eden cinéma », notamment un entretien avec Caroline Eliacheff, la psychanalyste présente sur le tournage de Ponette. Celle-ci avance qu’il est non seulement possible, mais indispensable d’évoquer cette question
avec des enfants.
Ce premier contact entre l’oeuvre et les enseignants a été concluant : Isabelle Fabre a été agréablement surprise par le nombre d’enseignants qui ont choisi de montrer le film à leurs élèves. Quant à l’Yonne, sur 300 classes participant au dispositif, 80 ont été voir Ponette. Dans les deux cas, l’oeuvre a été présentée à des enfants de cycle 3, mais également à quelques groupes de cycle 2.

Avant que le film ne leur soit montré, les élèves y ont été préparés de différentes manières. Isabelle Fabre a proposé aux enseignants d’orienter l’étude de Ponette du côté du conte. Les classes de Côte-d’Or ont ainsi été amenées à réfléchir sur les spécificités de ce genre : la quête, les adjuvants, les opposants… Autant d’éléments qu’ils allaient retrouver dans le film de Doillon. Il est ainsi apparu que, dans de nombreux contes, l’héroïne avait perdu sa maman, tout comme Ponette. S’est également posée la question de ce qu’était une fiction : les enfants ont été avertis que Ponette en était une, et en aucun cas un documentaire !

Dans l’Yonne, une « malle de littérature jeunesse » sur le thème de la mort fut constituée et utilisée avec les enfants pour alimenter leur réflexion. Des débats ont été organisés à partir de la question : « as-tu déjà rencontré la mort dans ta vie? » ; ce qui a donné lieu à des dessins sur leurs expériences personnelles : perte d’un grand-parent, d’un animal de compagnie…
C’est donc après y avoir été soigneusement préparés que les écoliers ont pu découvrir Ponette. Après les projections, de nouveaux débats ont eu lieu, entre les enfants et les enseignants ; certains parents y ont également été conviés.
Plusieurs classes ont entrepris des travaux d’écriture. Un CM1 côte-d’orien a réalisé un portrait chinois de la petite héroïne de Doillon, à partir duquel il a imaginé une lettre à Ponette collective pour consoler la petite fille. Des élèves icaunais se sont pour leur part livrés à des exercices de critique, autour de séquences pour lesquelles ils devaient dire ce qui avait suscité chez eux les émotions qu’ils avaient ressentis : cadrages, musique…
Dessins et travaux pratiques ont eux aussi permis aux enfants de s’approprier l’œuvre qu’ils venaient de découvrir. En Côte-d’Or, des élèves de maternelle, dont l’âge correspondait à celui de la jeune héroïne, ont représenté le passage du film qu’ils avaient préféré, à travers des dessins qui se sont révélés très gais. Dans l’Yonne, deux classes expérimentales ont, pour leur part, pu monter des projets avec un artiste-peintre, Alain Fontaine. La première, un CM1-CM2, a travaillé sur les peurs d’enfants. Après avoir écrit des textes et esquissé des croquis sur le sujet, chacun a réalisé un assemblage représentant sa plus grande peur, à partir de matériaux de récupération. Les parents ont ensuite été conviés à une exposition au cours de laquelle ces sculptures ont été brûlées sur la place du village, après la lecture par chaque élève de « l’épitaphe de sa peur » afin de l’exorciser… La seconde classe, un CM2, a construit le
« cabinet de curiosités de Ponette » après avoir recensé les objets importants pour la petite fille dans le film : sa poupée Yoyotte, la montre de son père… Les oeuvres fabriquées, organisées selon cinq étapes correspondant aux cinq sens, ont également fait l’objet d’une exposition.
Le « pari » de la programmation de Ponette, s’il paraissait risqué, s’est donc avéré gagnant.

L’unique bémol à déplorer aura été une mauvaise expérience avec une enseignante qui ignorait quel film elle emmenait voir ses élèves – au vu du titre, elle avait imaginé qu’il s’agissait des aventures d’un mignon petit poney ! Cette seule anecdote permet de comprendre le caractère indispensable du travail qui doit être réalisé en classe en amont de la projection… A cette exception près, aucun écho négatif n’est à déplorer.
A l’inverse, la vision du film s’est révélée tout particulièrement bénéfique au sein de classes où l’histoire de Ponette recoupait des situations réelles particulières : ainsi, un élève ayant perdu son père peu de temps auparavant a remarqué que le film de Doillon avait été pour lui « comme un pansement ».

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  1. Thierry DELAMOTTE

    Bonjour
    J’ai proposé ce film dans mon département. Avant cela, j’avais réalisé une classe à PAC avec Eve Guillou, la directrice de casting de Jacques Doillon, et des élèves de CE2. Les plus « résistants » ont été les parents. En accord avec la directrice de l’école, nous leur avons donc proposé une projection suivi d’un débat, un samedi matin. Quasiment tous y sont venus. Nous avons aussi montré les bonus du DVD. Au bout d’une heure, il n’y avait plus qu’une maman résistante. Mais elle ne s’est pas opposée ni à la projection aux enfants, ni à la réalisation du projet PAC. Celui-ci a donné lieu à des Lettres « Lettres à Ponette » que vous pouvez trouver dans un autre article de ce blog : https://ecoleetcinemanational.com/2013/06/05/lettres-a-ponette/
    Les enfants avaient lu un corpus de « lettres » pour se nourrir du style épistolaire, dont des albums de Elisabeth Brami, un grand auteur…qui adore Doillon. J’ai eu la chance qu’elle accepte d’échanger par lettre savec les élèves. Elle a lu chacune des lettres des élèves et leur a fait à chacun une réponse. Un grand moment pour eux.

    Ces lettres ont ensuite servi de scénario à un dispositif filmique (les enfants parlant à Ponette sur une image fixe du film qu’ils avaient choisie auparavant…).
    Le film peut se télécharger ici http://www.ac-caen.fr/ia61/ress/culture/cinema/ecole_et_cinema/ressources/realisations/lettres-a-ponette-Gdformat.wmv
    (il est aussi sur le site du CRDP de Paris).

    Ce fut à la vérité, un grand moment de bonheur de travailler ce film bouleversant avec les enfants. Et vraiment, pour eux, un film et un travail qui les a fait « grandir »…
    Mais bien sûr, c’est un film à accompagner… Osez-le !

    Réponse

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