PROJECTION-DEBAT autour du film ALICE  de Jan Svankmajer.

Transcription effectuée par Frédéric Schildknecht, coordinateur Éducation nationale de la Somme

Crécy-en Ponthieu, cinéma le Cyrano, mardi 8 janvier 2013.
Amiens, Ciné St-Leu, mercredi 9 janvier 2013.

Intervention de Marie Diagne, auteur, engagée Le dans la transmission du cinéma.
Elle a écrit trois Cahiers de notes pour École et Cinéma : La Petite vendeuse de Soleil, Le
Bonhomme de neige, Petites Z’escapades.

Alice, une question de transmission de cinéma : quelle posture de l’enseignant ?
Vous êtes nombreux à avoir exprimé des questions, résistances, réticences à propos de ce film.
La coordination départemental a recu ce message tout à fait normal. Ce film est « résistant » à l’adulte.
La coordination a donc organisé une expérience de cinéma pendant le stage de Crécy qui vient de se tenir les 7 et 8 Janvier et le mercredi 9 au Ciné St-Leu à Amiens.
Des élèves sont venus voir le film pendant le stage.
Présentation de Marie Diagne et débat des enfants puis des collègues avec elle.
Les collègues de Crécy, pourtant très réservés, sont ressortis apaisés et plutôt encouragés par les
applaudissements spontanés des enfants qui ont vu le film. Les collègues du stage ont annoncé qu’ils
revoyaient leur position sur le fait de présenter ce film aux classes tout comme ceux d’Amiens le lendemain.

Deux temps importants pour que tout se passe bien :
AVANT :Marie Diagne nous a ouvert les portes de cette oeuvre qui nécessite d’être présentée d’une
certaine manière.
• L’astuce est de placer l’enfant spectateur dans un confort affectif pour recevoir l’œuvre en lui
donnant quelques repères sans pour autant dévoiler le film. Il s’agit de parler d’un drôle de
bonhomme appelé Jan Svankmajer, qui invente des histoires les yeux fermés, qui rêve beaucoup et
qui s’est souvenu de cette histoire d’Alice.
APRES : A la suite du film, en salle ou en classe, selon le cas, recevoir la parole des enfants sur les
émotions ressenties.
• A aucun moment, ni avant ni après le film, l’enseignant ne doit se permettre de donner son
propre avis. Il peut simplement recueillir la parole de l’enfant. Ne pas demander si le film a plu
ou non mais plutôt ce que les enfants ont vu et jouer sur les interactions entre eux.

Marie Diagne nous indique que les 3/4 du travail sont alors réalisés dans votre rôle de passeur de cinéma.
Il suffira d’accompagner les élèves dans des activités créatives d’inventions de personnages, de décor, de
sons…

Citation du dossier pédagogique Ciné Gamin :
Une enquête menée par le magazine  » O de conduite « , dans son numéro 34, intitulée  » Pour revenir sur Alice  » a collecté des réactions d’enfants, par niveau scolaire, à la sortie des projections du film ou à l’issue d’un travail mené en classe. Cette enquête montre les différents niveaux de réception de l’œuvre :
• De 4 à 8 ans, l’onirisme fonctionne. Les enfants de CP-CE1, dont le regard s’aiguise, sont plus réactifs
et les appréciations plus variées.
• Après 8 ans, en CM, les enfants sont plus réticents devant la magie du film, car déjà engagés dans
d’autres comportements

La projection de Crécy avec 3 classes CE1 / CE2 / CM1 a permis de vérifier ces constatations :
1. La présentation est déterminante sur la réception du film par la salle. Elle a pour but de permettre aux
enfants de prendre conscience que le film est le résultat d’une construction d’un homme M. Svankmajer.
2. Les plus petits ont applaudi spontanément le film entraînant les plus grands, certes plus réservés.
3. Aucun enfant ne s’est senti mal à l’aise ou apeuré comme j’avais entendu cette supposition lors des pré-projections.
Beaucoup ont ri discrètement. Certains enfants ont demandés à la maîtresse de revoir le film !
4. La projection de Poix du jeudi 10 janvier a confirmé tout cela. Pas d’applaudissement mais des mines
réjouies tant des enfants que des enseignantes qui repartent avec beaucoup d’idées pour la suite.
5. Un débat même bref en salle par classe permet de faire sortir les émotions les plus fortes.

 

A l’attention des enseignants, notamment les plus résistants à ce film.

Votre intimité, vos émotions personnelles ne sont pas en jeu. Vous serez passeur de cinéma.

En tant qu’adulte, nous plaçons des barrières rationnelles à ce que nous voyons. Il faut donc faire tomber
ces barrières, se laisser aller à la fantasmagorie du film dans laquelle les enfants surtout les petits entrent sans aucune hésitation et sans aucun trouble.

Ne cherchez pas à établir des relations de cause à effet pendant le visionnement du film, il n’y en a pas, si ce n’est qu’Alice suit le Lapin dans son parcours étrange. La trame narrative ne correspond à aucun code des films que vous connaissez. Il faut donc se laisser aller au grée des émotions, tant le rire des enfants spectateurs, que les situations délirantes proposées par Svankmajer.
Avec tout le fantastique et tout le « non-barrière » sans limite, sans interdit qu’ont les enfants pour de vrai, au fond, si on les écoute.

Le choix esthétique du réalisateur de morceler le corps est justement fait dans ce but : passer du coq à
l’âne. La géographie de la chambre d’Alice ne peut pas être percue comme dans d’autres films. L’univers
étrange, décalé, les collages, assemblages hétéroclites sont autant de propositions à l’ouverture de
l’imaginaire de chaque enfant qui deviendra un adulte on l’espère responsable et créatif.

Le rêve du film :
L’un des enjeux du film est de permettre de faire la différence entre le vrai et le réel.
Ce film est vrai puisqu’on le voit. Les personnages constitués de collages, d’assemblages sont vrais mais
pourtant ils ne sont pas réels, on ne pourra jamais les voir en sortant du cinéma.
Le rêve est vrai car les images sont sur l’écran, les émotions aussi et nous n’y porterons pas de jugement.
Le débat portera sur la perception de cette notion de vrai. L’habileté de l’enseignant sera de faire remarquer
cette différence dans les propos tenus sans porter de jugement sur les émotions ressenties. Les enfants ne sont d’ailleurs pas dupes, ils comprennent d’emblée que les objets de la chambre se retrouvent « dans
l’imaginaire », « dans le rêve » d’Alice, ce sont leurs propos.
Et comme ce n’est pas réel alors les appréhensions disparaissent à la fin du film mais pourtant c’était vrai : on aura joueé avec nos émotions, on a le droit d’avoir peur, cela fait partie du parcours de l’enfant pour grandir.

Peu de films peuvent se vanter d’offrir une telle réflexion sur la place de l’œuvre à l’école, sur le rôle de
l’enseignant dans la transmission du cinéma. Certains appauvrissent la pensée, l’imaginaire ; d’autres
l’ouvrent , le subliment, ALICE de Jan Svankmajer fait partie de la deuxième catégorie.

Pour présenter ce film, j’ai (Marie Diagne) des petites choses à vous dire, vous les enseignants :
• vous dire que l’enfance n’est pas polie (dans le sens lisse), que l’enfance n’est pas innocence
• que l’enfance est un moment et un univers âpre et rugueux de notre vie
• et que l’on a tendance, très volontiers, très rapidement, un peu de manière abrupte comme cela, à
oublier ce qu’est l’enfance pour de vrai et à vouloir polir les angles, à vouloir arrondir les choses, à
vouloir passer un peu de papier de verre comme cela et à effacer ce qui constitue cet imaginaire
complètement fantastique et incroyable, cette fantasmagorie qui habite les enfants et qui si elle est
respectée feront ces adultes riches, denses, ouverts, demain ; ce que nous souhaitons tous qu’ils
soient : non conformes, non cadrés, non mis dans un moule tout fait mais des adultes qui parleront
tous à la première personne avec des regards grands ouverts sur le monde et un respect immense de
l’altérité.
• Cela tombe bien : le cinéma, ca n’est qu’une question d’altérité !
• Le cinéma c’est une invitation à découvrir le regard porté par un réalisateur sur le monde,
l’expérience qu’il en a fait et qu’il exprime avec des outils qui sont les siens, qui sont ceux du
cinématographe, qui sont ceux de la lumière, une bande image, et ceux du son.
• Ce sont ces éléments là qu’il organise à sa manière pour pouvoir transmettre et exprimer son
expéLrience du monde et peut-être vous confronter à une altérité qui est la sienne.

 

AVANT LA PROJECTION :
A faire dans la classe ou dans la salle de cinéma mais c’est indispensable, prévoyez 10 minutes.

A dire aux enfants : (dans la salle de cinéma c’est encore plus performant)
Qui est-ce qu’on va rencontrer ce matin ?
Un drôle de bonhomme qui s’appelle Jan Svankmajer.
Svankmajer c’est maintenant un vieux monsieur qui a 79 ans, qui est né dans un pays pas très loin de chez nous, la Tchécoslovaquie, dont la plus grande ville, la capitale s’appelle Pragues. On y parle une autre langue le tchèque.
Monsieur Svankmajer, est très très emprunt de rêves.
Il s’est toujours dit que les yeux fermés c’était quand même drôlement mieux que les yeux ouverts parce qu’on peut les yeux fermés emprunter à ce qu’on voit les yeux ouverts. On prend des éléments ici ou là, et puis on les métamorphose, on les change à loisir et on se raconte des histoires en images ; des histoires que l’on voit dans nos rêves, qui n’ont parfois ni queue, ni tête et qui ont parfois des assemblages un peu étranges, des collages un peu bizarres, c’est un petit peu troublant, c’est un petit peu malaisé mais que ces yeux fermés là nous donnent à voir le monde tel qu’il nous a de prime abord touché, ému de manière totalement inconsciente, de manière imperceptible mais de manière définitive.

Alors Monsieur Svankmajer ferme les yeux et puis voilà il invente des histoires les yeux fermé à hauteur
d’enfant. Il a d’abord été marionnettiste, vous savez ce que c’est ? Donc il a fabriqué des personnages et il a inventé des histoires pour ses personnages.

Il a donc toujours été un petit peu comme cela Monsieur Svankmajer, et puis il se trouve que très rapidement il a eu le souvenir d’une histoire qu’il avait découverte quand il était petit ; que cette histoire est remontée et peut-être voilà une histoire qu’on va se raconter et dont on va relire quelques extraits de cette histoire là`. Elle a été écrite par un autre monsieur qui s’appelle Lewis Caroll.

Alice, Lewis Caroll.

Extrait 1 :
début du conte d’Alice au pays des merveilles : (pages 2 et 3/56)
CHAPITRE PREMIER :AU FOND DU TERRIER.

« Alice commençait à se sentir très lasse de rester assise à côté de sa sœur sur le talus, et n’avoir rien à faire : une fois ou deux , elle avait jeté un coup d’œil sur le livre que sa soeur lisait , mais il ne contenait ni images ni conversations, « et, se disait Alice, à quoi sert un livre où il n’y a ni images, ni conversations ? » Elle se demandait, (dans la mesure où était capable de réfléchir, car elle se sentait toute endormie et toute stupide à cause de la chaleur) si le plaisir de tresser une guirlande de pâquerettes vaudrait la peine de se lever et d’aller cueillir les pâquerettes, lorsque, brusquement, un Lapin Blanc aux yeux roses passa en courant près d’elle.
Ceci n’avait rien de particulièrement remarquable ; et Alice ne trouva pas non plus tellement bizarre
d’entendre parler le Lapin dire à mi-voix : « Oh ! mon Dieu! Oh ! mon Dieu! Je vais être en retard »
(Lorsqu’elle y réfléchit par la suite, il lui vint à l’esprit qu’elle aurait dû s’en étonner, mais sur le moment
cela lui sembla tout naturel.) Cependant, quand le Lapin tira bel et bien une montre de la poche de son gilet, regarda l’heure, et se mit à courir de plus belle, Alice se dressa d’un bond, car, tout à coup, l’idée lui était venue qu’elle n’avait vu de lapin pourvu d’une poche de gilet, ni d’une montre à tirer de cette poche. Dévorée de curiosité elle traversa le champ en courant à sa poursuite, et eut la chance d’arriver juste à temps pour le voir s’enfoncer comme une flèche dans un énorme terrier placé sous la haie.

Un instant plus tard, Elle y pénétrait à son tour, sans se demander une seule fois comment diable elle
pourrait bien en en sortir. »

Extrait 2 :
(Milieu du conte d’Alice au pays des merveilles : (page 28/56) CHAPITRE VII : UN THÉ DE FOUS.)

« Sous un arbre, devant la maison, se trouvait une table servie où le Lièvre de Mars et le Chapelier étaient en train de prendre le thé ; un Loir, qui dormait profondément, était assis entre eux, et les deux autres
appuyaient leur coude sur lui comme sur un coussin en parlant par-dessus sa tête. « C’est bien incommode pour le Loir, pensa Alice, mais comme il est dort je suppose que cela lui est égal. »
La table était très grande, pourtant tous trois se serraient l’un contre l’autre à un même coin.
« Pas de place ! Pas de place ! » s’écrièrent-ils en voyant Alice.
« Il y a de la place à revendre !, » s’écria-t-elle avec indignation.
Puis elle s’assit dans un grand fauteuil à un bout de la table.
« Prends donc un peu de vin, » proposa le Lièvre de Mars d’un ton encourageant.
Alice regarda tout autour de la table, mais elle n’aperçut que du thé.
« Je ne vois pas de vin, » fit-elle observer.
– Il n’y en a pas, » dit le Lièvre de Mars.
« En ce cas ce n’est pas très poli de votre part de m’en offrir, » riposta Alice d’un ton furieux.
« Ce n’est pas très poli de ta part de t’asseoir sans y être invitée.
– J’e ne savais pas que c’était votre table ; elle est mise pour plus de trois personnes.
– Tu as besoin de te faire couper les cheveux, déclara le Chapelier. (Il y avait un bon moment qu’il la
regardait avec beaucoup de curiosité, et c’étaient les premières paroles qu’il prononçait.)
« Vous ne devriez pas faire d’allusions personnelles » répliqua Alice sévèrement , « c’est extrèmement
grossier ».
Le Chapelier ouvrit de grands yeux en entendant cela ; mais il se contenta de demander : « Pourquoi est-ce qu’un corbeau ressemble à un bureau ? » »

Extrait 3 :
(Fin du conte d’Alice au pays des merveilles : (page 56/56) CHAPITRE XII : DÉPOSITION
D’ALICE.)
« Les longues herbes se mirent à bruire à ses pieds tandis que le Lapin Blanc passait en hâte… La Souris
effrayée traversa la mare voisine avec un léger clapotis… Elle entendit le bruit des tasses à thé du Lièvre de Mars et de ses amis, éternellement attablés devant leur éternel goûter , et la voix aiguë de la Reine
ordonnant l’exécution de ses malheureux invités. Une fois encore le bébé-cochon éternua sur les genoux de la Duchesse, tandis que plats et assiettes s’écrasaient autour de lui… Une fois encore le cri du Griffon, le grincement du crayon sur l’ardoise du Lézard, les faibles soupirs des cochons d’Inde étouffés, remplirent l’espace, mêlés aux sanglots lointains de l’infortunée Simili-Tortue.

Elle resta ainsi, les yeux fermés, croyant presque être au Pays des Merveilles, tout en sachant fort bien qu’il lui suffisait de les rouvrir pour retrouver la terne réalité… »

 

Ca c’est l’histoire dont s’est souvenu Monsieur Svankmajer.
Mais Monsieur Svankmajer a découvert en même temps le cinématographe.
Le cinématographe offre donc cette possibilité incroyable d’exprimer à son tour, sa perception du monde avec des images et avec des sons.
Et avec le cinématographe, qui est devenu son moyen d’expression, il a décidé de raconter, à son tour
quelque chose de cette histoire que je vous propose de découvrir maintenant.

Bonne projection, pour découvrir ALICE, un film de Jan Svankmajer , qui date donc de 1988, dans sa
version originale tchèque avec les sous-titres francais.

 

APRES LA PROJECTION

Ne pas oublier de laisser la parole des enfants ouverte sur leurs émotions en
leur demandant ce qu’ils ont vu et en faisant expliciter les transformations des objets de la chambre.

Quand on découvre une œuvre d’art, on est tous habité par une émotion neuve. D’ailleurs les œuvres
d’art sont faites pour cela, pour provoquer des émotions. Et que ces émotions ne valent que si nous
pouvons les partager.
Donc de manière vraiment très simple, se dire les choses ; notre perception de film là, les questions
que l’on se pose, les inquiétudes que l’on peut avoir, les incompréhensions, toutes ces choses qui en
fait nous laissent collés à l’écran… Et voilà il faut commencer par là quoiqu’il advienne !

 

RÉACTIONS D’ENSEIGNANTS PRÉSENTS À LA PROJECTION : 

Enseignante 1 qui découvre le film pour la première fois :
Par rapport à ce qu’on m’en avait dit, le retour de mes collègues, j’avais une appréhension, je me
disais cela va être horrible et puis finalement moi je trouve qu’il est rempli de symboles… Je n’ai pas
l’appréhension d’emmener ma classe, en fait, alors qu’avec le retour de mes collègues, je m’étais dit
il faut absolument que j’aille sur Amiens aujourd’hui pour en discuter et je ne suis pas effrayée.

Enseignante 2 qui avait déjà vu le film en pré-projection :
On l’apprécie plus la deuxième fois ; je n’ai pas la même impression du tout. (confirmé par plusieurs
autres enseignants qui ont déjà vu le film).

Enseignante 1 :
Moi dans mon enfance, je suis née en 1967, mes parents étaient nés avant la guerre et avaient
manqué de tout dans la jeunesse et avaient gardé plein de choses comme dans le film et tous ces
petits objets c’est un petit peu mon enfance, on retrouvait ça dans le garage, dans la buanderie…
donc moi-même, ca ne m’a pas… bon c’est vrai qu’il y a les ciseaux, les clous et caetera mais dans
mon enfance c’était l’univers de l’établi de papa, tout ça et ca ne m’a pas ce côté effrayant que
j’appréhendais en fait.

Enseignante 3 :
après le deuxième visionnage je n’ai pas du tout la même attitude non plus.
Je l’apprecie plus et … moins d’appréhension aussi.

Enseignante 2 : je suis tout a` fait rassurée…

Enseignante 3 :
moi l’appréhension aussi (a disparu) alors que la première fois vraiment cela m’avait très impressionnée ou alors j’étais moins attentive ou j’étais moins rentrée dedans je ne sais pas mais là vraiment je n’ai plus du tout, plus aucune appréhension.

Enseignante 4 : et moi non plus !

Enseignante 5 :
pareil pour moi, la première fois que je l’ai vu, j’étais assez effrayée en fin de compte et là le fait de le revoir, je trouve ca plutôt amusant, voilà.

Autres enseignants : mais oui c’est vrai, c’est dingue ! C’est jubilatoire !

Enseignante 6 :
La première fois, c’était effrayant, j’avais entendu parler d’Alice au pays des merveilles mais je n’avais jamais vu la version dessin animé etc et la` la deuxième fois je trouve ca bien amusant et là je suis en train de réfléchir : au début je me dis je vais donner plusieurs versions aux élèves de grande section ou au contraire je les laisse découvrir cette version là avant, je suis encore en train de réfléchir.

Enseignant 7 :
oui moi c’est le deuxième fois. Alors la première fois, j’ai trouvé ca d’une longueur…
C’était… abominablement long et glauque mais alors d’un glauque ; c’était vraiment affolant enfin
moi ca me faisait peur. Et là, là pourquoi pas on y va, on est dans le délire, on est dans
l’imagination et tout alors on y va on y va. Là d’accord !

Enseignante 5 :
L’ennui c’est qu’on est à peu près tous d’accord. Moi aussi j’ai un peu changé ma
vision après le deuxième visionnage mais l’ennui c’est que les enfants vont venir le voir pour la
première fois, donc est-ce qu’ils ne vont pas avoir notre réaction de la première fois ?

Enseignante 8 :
Mais je crois que la réaction des enfants en fait ne sera pas la même. Enfin moi j’ai analyseé pourquoi j’avais une appréhension. C’est parce qu’en fait cela m’a rappelé certains cauchemars que je faisais quand j’étais petite et en fait c’est vrai j’y ai repensé, cela m’avait travaillée, et quand j’ai revu le film pour la deuxième fois j’ai revu des scènes que j’avais dans mes rêves d’enfant donc je pense que les enfants n’auront cette appréhension parce qu’ils n’auront pas fait ces rêves là où je ne sais pas. Moi je pense que c’est une réaction personnelle que j’ai faite au final.

Enseignante 8 :
J’ai retrouvé certains rêves que je faisais dans le film : l’histoire de tomber dans un trou noir, des personnages imaginaires, des choses comme ca donc je pense que cela influe sur la perception du film.

Enseignante 9 :
moi je le vois pour la première fois et je trouve que c’est super angoissant quand même, super inquiétant enfin moi cela me met mal à l’aise. Je sens qu’on peut le voir avec un groupe d’enfants mais moi à mon niveau personnel je trouve ca angoissant et inquiétant.

Marie Diagne : D’accord, est-ce que vous sauriez dire ce qui vous effraie ?

Enseignante 9 :
on a l’impression de voir plein de choses effectivement il y a quelqu’un qui parlait de symboles ; on a aussi une histoire d’adultes avec un passé derrière nous et je pense qu’on prend plein de symboles de mort, de peur d’une hiérarchie, de quelqu’un qui est au-dessus, de quelqu’un qui donne des ordres. Il y a plein de petites choses qui nous rappellent des faits de notre passé. Bon je suis peut-être un peu petit peu plus vieille que toi… C’est vrai que l’on se retranche derrière des peurs et c’est un peu déstabilisant quand même.

Marie Diagne : qu’est-ce que vous voulez dire par « on se retranche derrière des peurs » ?

Enseignante 9 :
En fait, c’est des choses qu’on a un peu enfouies et là on les prend un petit peu en pleine tête. Il y a des petits faits de notre passé qu’on a mis de côté, on n’y pense plus et là ça nous rappelle des choses. On prend des petites choses à droite, à gauche, on peut reprendre plein de petites choses à son compte, je trouve.

Enseignante 1 :
Ce qui peut paraître dérangeant, c’est le regard. Il apparaît souvent. On voit ses yeux en grand comme dans ce sarcophage on a l’impression qu’elle va s’en libérer comme le lapin se libère au début des clous, il se décroche et elle elle ouvre son sarcophage et il y a ce regard qui est vivant dans ce corps qui est mort en fait le sarcophage…

Coordinateur : je rebondis sur les mots: sarcophage ou chrysalide ?

Enseignante 1 :
Ah Peut-être oui. Je n’y ai pas pensé à ça. J’ai pensé à sarcophage moi. Mais aussi le regard quand on referme les yeux , que l’on coud les yeux il y a beaucoup de regard dans tout cela, quand tu sors les yeux de la chaussette…

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