Pourquoi montre-t-on des films aux enfants ?
La question a l’air simple et puisque montrer des films aux enfants est notre quotidien, il arrive que l’on ne se la pose même plus.
On montre des films aux enfants car cela leur permet d’appréhender le monde, d’habiter le monde, de trouver une place, de se construire. Cela leur permet de prendre la parole, de dire « je », de devenir un individu. On montre des films aux enfants pour que les fenêtres ne se ferment pas, pour que volets restent ouverts, pour que les courants d’air circulent.
Une maison sans courants d’air, c’est plus confortable mais c’est aussi un espace fermé, rassurant mais étouffant. Si l’on veut que l’air circule, si on veut que le monde entre alors il faut accepter d’avoir froid parfois, d ‘avoir le vent dans les yeux, il faut accepter de bouger pour trouver une place acceptable, il faut accepter le mouvement et que le confort n’est pas le but à atteindre.
Il est difficile d’accepter d’être bousculé et fermer portes et volets est un mouvement naturel.
On montre des films aux enfants pour que les films brisent les fenêtres, forcent les volets, pour que les maisons restent ouvertes, qu’il y ait un toit bien sûr, des murs évidemment, que la structure soit solide mais qu’elle puisse être ébranlée, qu’elle ne soit pas rigide, qu’elle ne soit pas figée.
On montre des films aux enfants pour que petit à petit la curiosité gagne sur le confort, l’envie de découvrir gagne sur la force de l’habitude, pour que les émotions ne soient pas assez effrayantes pour qu’on y renonce, pour que le fragile et l’incertain puissent advenir.
On montre des films aux enfants pour qu’ils puissent habiter le monde pleinement.
On montre des films aux enfants pour qu’ils puissent aimer, pleurer, oser,  prendre la parole, s’émanciper.
On montre des films aux enfants pour que la route devant eux soit une multitude de chemins, de sentiers, de pistes à peine tracées.

Et ainsi, les films que l’on montre, les films que l’on choisit de montrer doivent être des films qui permettent cela, des films qui ne tracent pas une route mais qui en ouvrent mille, des films qui travailleront en souterrain, sans notre aide et qui creuseront des galeries bien après que la séance est finie, des films qui planteront des graines au plus profond, qui germeront plus tard ou tout de suite ou jamais, des films qui grattent, qui démangent, qui empêchent d’être confortablement installé, des films courants d’air, des films tempête.
Et c’est notre travail, à nous, passeurs de cinéma, de défendre ces films-là, ceux qui bousculent. Car un film qui ne bouscule pas est un film qui n’empêchera pas les fenêtres de se fermer.

Et c’est la seule raison pour laquelle nous montrons des films aux enfants, pour que les courants d’air continuent d’exister.

Anne Charvin, pour Les enfants de cinéma.

  1. Anonyme

    Pourquoi montrer des films aux enfants ?
    Pourquoi lire un tel texte ? Mais c’est bien sûr! C’est justement pour pouvoir répondre à la première question.
    Ainsi donc, dorénavant je me précipiterai dans les salles obscures en laissant grand ouvert mes écoutilles, en m’agrippant bien fort au fauteuil sans crainte d’être submergé par les courants d’air.
    Bon vent donc à l’association!

    Marc Charvin.

    Réponse

  2. marieannegaudardsmaer

    Merci pour ce très beau texte qui, à travers des images simples et sensibles répond avec pertinence à la question : « Pourquoi montre-t-on des films aux enfants ? ». Je vais communiquer ce texte à tous les enseignants inscrits à « École et Cinéma » en Haute-Garonne cette année.

    Réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s